fumer

fumer

1. fumer [ fyme ] v. <conjug. : 1>
XII e; lat. fumare
I V. intr.
1Dégager de la fumée. La bouche du canon fume encore. Cratère de volcan qui fume ( fumerolle) . « près du feu qui palpite et qui fume » (Baudelaire). « Quand reverrai-je hélas, de mon petit village Fumer la cheminée » (du Bellay).
(Par suite d'un mauvais tirage, d'un mauvais fonctionnement de l'appareil) La cheminée fume : la fumée est rabattue sur le foyer. La lampe fume, baissez la mèche. filer.
2Exhaler de la vapeur (surtout en parlant d'un liquide ou d'un corps humide plus chaud que l'air ambiant). Potage qui fume. Vêtements mouillés qui fument devant le feu. « Sur l'allée, où l'eau du ciel fume en épousant la terre chaude » (Colette). Chim. (en parlant de certaines substances volatiles en contact avec la vapeur d'eau atmosphérique) Neige carbonique qui fume.
3(XVe) Fam. Ressentir une colère, un dépit violents. fulminer, pester, rager; fumasse.
II V. tr.
1(1611) Exposer, soumettre à l'action de la fumée. Fumer de la viande, du lard, du poisson, pour les sécher et les conserver. ⇒ boucaner, saurer; 1. fumage, 1. fumé.
2(1664) Faire brûler (du tabac ou une autre substance) en aspirant la fumée par la bouche. Fumer du tabac, de l'opium, du haschisch, de l'herbe ( fumette; crapoter) . Fumer une cigarette, un cigare, un joint. 1. griller. Fumer une pipe. Il fume deux paquets (de cigarettes) par jour. Fumer le calumet de la paix. Absolt Fumer comme un pompier, un sapeur, beaucoup. Défense de fumer. S'arrêter de fumer. Spécialt Fumer de la drogue. « un concert où tout le monde fume ou prend de l'ecstasy » (Olievenstein).
⊗ HOM. Fume :fûmes (1. être). fumer 2. fumer [ fyme ] v. tr. <conjug. : 1>
XIVe, par attract. de 1. fumer; femer fin XIIe; lat. pop. fimare, de fimus fumier
Amender (une terre) en y épandant du fumier. engraisser, fertiliser. Fumer un champ.

fumer verbe intransitif (latin fumare) Dégager, produire, émettre de la fumée : Une cheminée d'usine qui fume. Exhaler une vapeur, en parlant d'un gaz liquéfié, d'une surface liquide, d'un corps humide plus chaud que l'air : Le potage fume dans les assiettes. Familier. Être furieux, ressentir de la colère ou du dépit. ● fumer verbe transitif Brûler du tabac, ou quelque autre substance, en aspirant la fumée par la bouche : Fumer du tabac brun. Fumer la pipe. (sans complément) Avoir l'habitude de fumer du tabac ou s'adonner à une drogue qu'on fume : Il a cessé de fumer. Exposer une viande, un poisson, etc., à la fumée pour le sécher et le conserver. ● fumer verbe transitif (latin populaire femare, de femus, fumier, du latin classique fimus, avec influence de fumer) Apporter à une terre du fumier, un engrais. ● fumer (citations) verbe transitif Germain Nouveau Pourrières 1851-Pourrières 1920 L'habitude de fumer n'est peut-être que l'habitude de téter qui reparaît après des années. Album Richepin Cailler Commentaire L'Album Richepin a été écrit en collaboration avec Jean Richepin et ses amis du groupe des Vivants : Ponchon, Bourget et Mercier. ● fumer (expressions) verbe transitif Familier. Fumer comme un sapeur, un pompier, une locomotive, fumer beaucoup. ● fumer (homonymes) verbe transitif fumé adjectif fumé nom masculin fumée nom féminin fumet nom masculinfumer (synonymes) verbe transitif Exposer une viande, un poisson, etc., à la fumée pour...
Synonymes :
fumer (homonymes) verbe transitif (latin populaire femare, de femus, fumier, du latin classique fimus, avec influence de fumer) fumé adjectif fumé nom masculin fumée nom féminin fumet nom masculinfumer (homonymes) verbe intransitif (latin fumare)fumer (synonymes) verbe intransitif (latin fumare) Familier. Être furieux, ressentir de la colère ou du dépit.
Synonymes :
- écumer
- pester (familier)
- tempêter

fumer
v. tr. épandre du fumier sur (un sol) pour l'amender.
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fumer
v.
rI./r v. intr.
d1./d (Choses) Répandre de la fumée. Bois qui fume en brûlant. Cette cheminée fume.
d2./d Dégager de la vapeur d'eau. Soupe qui fume.
d3./d Fig. être dans une violente colère.
rII./r v. tr.
d1./d Faire brûler (du tabac ou une autre substance) pour en aspirer la fumée. Fumer un cigare. Fumer du haschisch.
|| Absol. Défense de fumer.
d2./d Exposer (de la viande, du poisson) à la fumée pour les conserver. Fumer un jambon.

I.
⇒FUMER1, verbe.
I.— Emploi intrans.
A.— Qqc. fume
1. Dégager de la fumée.
a) [Le suj. désigne un corps en combustion] Le bois mouillé fume, les cendres fument dans le foyer. Après avoir ranimé mon feu dont les tisons fumaient encore, je m'établis à rêver (TOEPFFER, Nouv. genev., 1839, p. 291). L'encens fume dans le temple, la lumière brille sur l'autel (LACORD., Conf. N.-D., 1848, p. 244).
b) [Le suj. désigne le réceptable où a lieu la combustion, ou le conduit destiné à l'évacuation de la fumée] Cheminée, cassolette, bouche d'un canon, (cratère d'un) volcan qui fume. Des toits rouges luisaient, les hautes cheminées de la manutention fumaient avec lenteur (ZOLA, Page amour, 1878, p. 851). Nuit et jour on voyait fumer légèrement le Vésuve, et la mer réfléchir ses flammes et son ombre (MAUROIS, Ariel, 1923, p. 257).
[P. méton. du suj.] Toit, maison qui fume. Je devinais un hameau, des chaumières qui fumaient (FRANCE, Pt Pierre, 1918, p. 269) :
1. De Micolombe, on aperçoit Théotime au milieu des blés, comme un îlot entouré de grands arbres, où rien ne bouge, mais qui, le soir, fume doucement. Le mas Théotime fumait.
BOSCO, Mas Théot., 1945, p. 40.
2. En partic.
a) [Le suj. désigne une cheminée ou un appareil de chauffage] Renvoyer la fumée à l'intérieur d'une pièce en raison d'un mauvais tirage. Je n'avais pas de feu parce que ma cheminée fumait (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Verrou, 1882, p. 817) :
2. ... le poêle n'est pas extrêmement brillant. Quand le vent souffle du sud, ce maudit poêle fume toujours. Il faudra que je fasse poser un chapeau de zinc au-dessus de la cheminée.
ARLAND, Ordre, 1929, p. 533.
b) [Le suj. désigne un moyen d'éclairage] Dégager exagérément de la fumée. Synon. filer. Le rat de cave, qui fumait plus qu'il n'éclairait (HUGO, Misér., t. 2, 1842, p. 162). Le vent chaud, arrivant par la porte, faisait fumer le quinquet (FLAUB., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 145).
3. P. anal. [Le suj. désigne un corps humide plus chaud que l'air ambiant] Exhaler de la vapeur.
a) [Le suj. désigne un animé] Tout haletant, il descendit de cheval (...) Trilby (...) était couvert d'écume et (...) fumait comme une étuve (FEUILLET, Camors, 1867, p. 159).
Fumer de. Heureux l'homme des champs qui fume de sueur : Il est beau comme Adam à son premier labeur (Ch. GUÉRIN, Cœur solit., 1904, p. 172).
b) [Le suj. désigne un inanimé] La mécanique, bourrée de coke, entretenait là une chaleur de baignoire; les linges fumaient, on se serait cru en plein été (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 453). La terre, gorgée d'eau, fume, et les ornières, pleines de pluie, reflètent un azur trouble (MAURIAC, Nœud vip., 1932, p. 261).
Poét. Le sang fume encore. Le souvenir du meurtre reste vivace. Sache que le sang répandu de ta main fume encore dans cette ville. Sur la demeure de la victime planent des esprits vengeurs, qui guettent le retour du meurtrier (NERVAL, Faust, 1840, 2e part., p. 179).
Spécialement
♦ [Le suj. désigne un liquide ou un aliment chaud ou p. méton. son contenant] Le dîner de midi était servi. La soupière fumait entre le rosbeef et le gigot de mouton (VERNE, Enf. cap. Grant, t. 2, 1868 p. 68). La soupe aux pois fumait déjà dans les assiettes (HÉMON, M. Chapdelaine, 1916, p. 61).
♦ [Le suj. désigne une substance volatile] Émettre des vapeurs au contact de l'air. Neige carbonique qui fume. De la chaux qui fumait dans un trou carré (HUGO, Misér., t. 1, 1842, p. 366).
4. Littéraire
a) S'élever comme la fumée. Les tourbillons de poussière qu'on voit fumer au loin, sur les grandes routes blanches, et qui annoncent que la bourrasque vient (ROLLAND, J.-Chr., Buisson ard., 1911, p. 1272).
b) Fumer de poussière. Dégager de la poussière. Les maisons fumaient de poussière comme si elles s'écroulaient dans leurs gravats (GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 14).
B.— Au fig. Qqc./qqn fume
1. Être le siège d'une excitation (provoquée par l'ivresse la colère, etc.). Le vin qu'ils avaient bu leur chauffait le sang et faisait fumer leur cerveau (FRANCE, Contes Tournebroche, 1908, p. 5).
Fumer de. À cet égard du moins, il [Jean-Jacques] pouvait sans scrupule et sans crainte se montrer tel qu'il était. Sa tête fumait de projets, et ni la fièvre ni la curiosité ne lui manquaient pour devenir l'un de ces nouveaux polygraphes philosophes qui en cinquante ans allaient changer la vie (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1948, p. 157).
2. Pop. Éprouver une grande colère, un violent dépit. Synon. pester, rager. Il fait les villes que nous avons déjà faites et y laisse des plumes. C'est ce qui a dû le faire fumer et l'inciter à nous tirer dans les pattes (VIALAR, Zingari, 1959, p. 178).
Fumer de. Oui, les voisins en fumaient! criait Coupeau. Pourquoi donc se serait-on caché? La société, lancée, n'avait plus honte de se montrer à table; au contraire, ça la flattait et l'échauffait, ce monde attroupé, béant de gourmandise (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 581).
3. Pop. Ça va fumer. [Pour exprimer une menace ou une appréhension] Synon. ça va barder. Mais j'attends ma revanche. Je dirai aux juges ma façon de penser. Nom de Dieu, ça va fumer (AYMÉ, Uranus, 1948, p. 155).
II.— Emploi trans.
A.— Exposer à la fumée.
1. Exposer (un aliment) à l'action de la fumée pour le faire sécher et le conserver. Synon. boucaner, saurer. Nab employait presque tout son temps à saler ou à fumer des viandes, ce qui lui assurait des conserves excellentes (VERNE, Île myst., 1874, p. 180). Ils tâchèrent, par économie, de fumer des jambons (FLAUB., Bouvard, t. 1, 1880, p. 53).
Emploi pronom. à valeur passive. Toute viande grillée est de haut goût, parce qu'elle se fume en partie (BRILLAT-SAV., Physiol. goût, 1825, p. 259). Contre le mur d'argile, sous le toit de branchage, le porc se fumait lentement au feu clair des feuilles sèches, ramassées quand arrivent les grues (FLAUB., Tentation, 1856, p. 625).
P. métaph. J'ai le cœur racorni et fumé par les noces, je ne suis bon à rien (HUYSMANS, En route, t. 1, 1895, p. 30).
2. Fumer de l'argent. Lui donner une teinte d'or en le soumettant à l'action de fumées spéciales. (Ds Ac. 1932).
3. Fumer un renard. L'enfumer dans son terrier pour l'obliger à en sortir. (Ds Ac. 1932, ROB.).
B.— [L'obj. désigne du tabac ou une autre substance]
1. [L'action est ponctuelle] Faire brûler en aspirant la fumée par la bouche. Fumer du haschisch, une cigarette, un cigare; fumer cigarette sur cigarette; fumer un paquet par jour. Synon. vx ou plais. pétuner. Elle, au-dessus de cette ménagerie, étendue langoureusement sur un divan sale, se dépite et fume des cigarettes (TAINE, Notes Paris, 1867, p. 244). Dieu! qu'elle avait été mauvaise cette pipe, la première fois qu'il l'avait fumée (PEISSON, Parti Liverpool, 1932, p. 101).
Emploi abs. Allumant leurs longues pipes, ils fumaient en silence et regardaient la fumée de leurs chibouks monter en légères colonnes bleues (LAMART., Destinées poés., 1834, p. 391). Le voilà qui tire de quoi fumer et qui commence à rouler une cigarette (GIDE, Journal, 1914, p. 503).
Emploi pronom. à sens passif :
3. ... un cigare qui se fume mal, vous êtes là à le travailler, à tout moment il faut porter le bras à la bouche, ça vous tracasse la main : au lieu qu'un bon cigare (...) c'est apaisant, ça vous met les nerfs en bon état...
GONCOURT, R. Mauperin, 1864, p. 268.
2. [L'action est habituelle]
a) [Suivi d'un compl. d'obj.] Consommer habituellement (du tabac ou une autre substance, sous forme de). Fumer des blondes; fumer la cigarette, la pipe. — Tu ne fumes plus le kief? lui demandai-je sûr de sa réponse. — Non, me dit-il. À présent, je bois de l'absinthe (GIDE, Si le grain, 1924, p. 595).
b) Emploi abs. Fumer beaucoup, comme un pompier. Le docteur Lambrou, le médecin d'ici, m'a conseillé de moins fumer, afin de diminuer mon irritabilité nerveuse (FLAUB., Corresp., 1872, p. 396). Elle n'a pas nos principes, malheureusement; par exemple, elle fume comme un sapeur (MAURIAC, T. Desqueyroux, 1927, p. 191).
REM. 1. Fumailler, verbe. a) Emploi intrans. Dégager un peu de fumée. Le notaire était assis au coin d'un feu où fumaillait un restant de tison (SUE, Myst. Paris, t. 7, 1843, p. 144). b) Emploi trans. Fumer (du tabac) machinalement ou négligemment. Les vieillards désengourdis cessèrent un moment de fumailler leurs petites pipes (RICHEPIN, Miarka, 1883, p. 9). Emploi abs. Au milieu de ma toilette, je me prenais à fumailler, à ouvrir un livre. Je m'enfonçais dans un angle du canapé et je rêvassais indéfiniment (DUHAMEL, Confess. min., 1920, p. 83). 2. Fumaillon, subst. masc. rare. Fumeur d'occasion, petit fumeur. Vous n'êtes qu'un fumaillon, l'abbé! (BRUANT, 1901, p. 235). 3. Fumasser, verbe, hapax. Synon. de fumailler b, en emploi abs. Nous étions là, cinq ou six devant la porte à fumasser (GENEVOIX, Seuil guitounes, 1918, p. 188). 4. Fumeler, verbe intrans., hapax. Synon. de fumailler a. Vers le plat d'argent où fumèlent les tasses transparentes (Adam ds PLOWERT 1888). 5. Fumot(t)er, (Fumoter, Fumotter)verbe intrans., rare. Synon. de fumailler. a) Emploi intrans. Quelques remorqueurs (...) sommeillent et fumotent, attendant leur heure (ARNOUX, Rhône, 1944, p. 183). b) Emploi abs. [L'éleveur] avait allumé sa petite pipe (...) et il fumottait en somnolant (RICHEPIN, Miarka, 1883, p. 260). 6. Fumable, adj. Qui peut être fumé. (Dict. XIXe et XXe s.).
Prononc. et Orth. :[fyme], (il) fume [fym]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Début XIIe s. « dégager de la fumée, de la vapeur » (S. Brendan, 1109 ds T.-L.); 2. 1178 « laisser passer la fumée » (Renart, éd. M. Roques, 13119 : Et vit la cuisine fumer Ou il ot fait feu alumer); 3. fin XIVe s. « s'exciter, s'irriter » [jeu de mot avec Fumée, nom d'un royaume imaginaire] (E. DESCHAMPS, Œuvres complètes, éd. Queux de St Hilaire et G. Raynaud, t. 7, p. 333); 1456-67 se fumer « se mettre en colère » (Cent Nouvelles nouvelles, éd. F. P. Sweetser, XLI, 116, p. 281); 4. 1565 « enfumer » (BÉREAU, Eglogue, 2 ds HUG.); 1611 « exposer à la fumée (une denrée) » (COTGR.); 1724 p. anal. verres fumés [pour observer l'éclipse de soleil] (Mém. de Trévoux, août ds Trév. 1752); 5. 1664 « faire brûler du tabac (ou autre matière) en aspirant la fumée » (J. DE THEVENOT, Relation d'un voyage au Levant ds Z. Vergl. Sprachforsch. t. 55, p. 148). Du lat. class. fumare « exhaler de la fumée, de la vapeur ». Fréq. abs. littér. : 2 888. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 2 277, b) 6 104; XXe s. : a) 4 834, b) 4 160. Bbg. MAT. Louis-Philippe 1951, p. 97 (s.v. fumaillon).
II.
⇒FUMER2, verbe trans.
Épandre et enfouir du fumier ou un autre engrais dans un champ pour l'amender. C'était un voisin, maître Osime Favet, le maire, qui s'en allait fumer ses terres, assis, les jambes pendantes, sur le tombereau d'engrais (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Vieux, 1884, p. 134). Des terres si fertiles, qu'au lieu de les fumer, il fallait les épuiser par une moisson préparatoire (ZOLA, Terre, 1887, p. 468).
Au part. passé en emploi adj. Le maïs est une plante vorace. Il demande une terre grasse abondamment fumée (PESQUIDOUX, Chez nous, 1921, p. 190).
Prononc. et Orth. Cf. fumer1. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1180 femer le fiens « (d'un animal) faire du fumier » (M. DE FRANCE, Fables, 84, 13 ds T.-L.); 2. ca 1200 « répandre du fumier sur une terre » (Escoufle, 6811, ibid. : un camp femé). Du lat. vulg. femare, dér. de femus, v. fumier; -e- > -ü- prob. par attraction des 2 consonnes labiales environnantes, v. FOUCHÉ, p. 451, 5° a; cf. lat. médiév. fimare « fumer la terre » 801-813 ds NIERM. Bbg. GOHIN 1903, p. 375.

1. fumer [fyme] v.
ÉTYM. V. 1120; lat. fumare, de fumus « fumée ».
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I V. intr.
1 Dégager de la fumée.(Le sujet désigne un corps en combustion). || Bois vert qui fume (→ Fendiller, cit. 1). || Les cendres fument encore dans le foyer. || L'encens fume sur l'autel (cit. 7). || Aromate, cinnamome (cit.) qui fume.
1 (…) herbes de champs qui au feu mises fument,
Et peu à peu sans flamber se consument.
Clément Marot, Métamorphoses d'Ovide, II.
2 Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,
D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume (…)
Baudelaire, les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, LXXIV.
3 Il y avait de tout dans cette cheminée, un réchaud, une marmite (…) de la cendre et même un peu de feu. Deux tisons y fumaient tristement.
Hugo, les Misérables, III, VIII, VI.
(XIIIe). Le sujet désigne un réceptacle, un conduit. || Il voyait au loin fumer les cheminées de l'usine. || La bouche (cit. 25) du canon fume encore. || Cassolette qui fume. || Le cratère du Vésuve fume depuis quelques jours.Par métonymie. || Les toits, les maisons du village fumaient.
4 Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée (…)
Du Bellay, Regrets, XXXI.
5 En vain sur les autels que je faisais fumer (…)
Racine, Phèdre, I, 3.
6 Encensoir oublié qui fume
En secret à travers la nuit.
Baudelaire, les Épaves, X.
7 Le feu monta le long des pierres; l'édifice se mit à fumer partout comme une solfatare (…)
Flaubert, l'Éducation sentimentale, III, I.
8 Encore ! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Éteigne dans l'horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l'horizon !
Mallarmé, Poésies, « L'azur ».
(1690, Furetière). Dégager une fumée anormale, trop abondante (par suite d'un mauvais tirage, d'un mauvais fonctionnement de l'appareil). || Le vent a tourné, ma cheminée fume : la fumée ne s'échappe pas par le tuyau, elle est rabattue sur le foyer. || Un vieux poêle qui fume.La lampe fume, baissez la mèche ! Filer.
9 Mon poêle est insupportable, irascible. Il semble fait à mon image. Dès que je le regarde, il fume.
G. Duhamel, Salavin, IV, 3 novembre.
2 (Mil. XVIe, Ronsard). Exhaler de la vapeur (le sujet désigne un liquide ou un corps humide plus chaud que l'air ambiant). || Potage, ragoût qui fume. || Vêtements mouillés qui fument devant le feu. || Les chevaux fumaient, essoufflés et couverts de sueur. || Marais, prés inondés qui fument au lever du soleil. || Sang fraîchement répandu qu'on voit fumer.Fig. Le sang (d'Abel) fume encore, comme si le meurtre était récent (→ Absoudre, cit. 2).Chim. (Le sujet désigne des substances volatiles en contact avec la vapeur d'eau atmosphérique). || Neige carbonique qui fume.
10 Jamais de plus de sang ses autels n'ont fumé.
Racine, Iphigénie, V, 2.
11 J'ai travaillé pendant un hiver en voyant fumer ma tête, en distinguant l'aire de ma transpiration comme nous voyons celle des chevaux par un jour de gelée.
Balzac, la Messe de l'athée, Pl., t. II, p. 1157.
12 Un ruisseau de pourpre erre et fume dans le val,
Et sur l'herbe partout des gouttes de sang pleuvent (…)
Hugo, la Légende des siècles, « Petit roi de Galice », IX.
13 La rivière fume de froid.
Renard, Journal, 13 février 1905.
14 Sur l'allée, où l'eau du ciel fume en épousant la terre chaude (…)
Colette, la Naissance du jour, p. 230.
15 Les labours d'automne ont commencé ce matin. Dès le premier tranchant de l'araire, la terre s'est mise à fumer.
J. Giono, Regain, II, IV.
16 (…) n'avait-elle pas vu, la semaine dernière, onze assiettées de petite marmite fumer puis refroidir dans l'attente des clients en retard ?
J. Green, Léviathan, II, IV.
Littér. Se former en nuage. || Tourbillons de brumes qui fument au-dessus des montagnes (→ Crête, cit. 5). || « Les maisons fumaient de poussière » (Giono).
17 D'épaisses colonnes de mouches fumaient comme de la poussière de charbon (…)
J. Giono, le Hussard sur le toit, VI, p. 115.
3 (XVe). Le sujet désigne un élément d'un être animé. Paraître dégager de la fumée ou de la vapeur (sous l'action de la colère).
18 (…) la Monténégrine (Péchina) se trouvait dans l'état où le corps et l'âme fument, pour ainsi dire, après l'incendie d'une colère où toutes les forces intellectuelles et physiques ont lancé leur somme de force.
Balzac, les Paysans, Pl., t. VIII, p. 180.
19 Quand je crache de colère : « Khh !… » ma gueule fume, et vous reculez !
Colette, la Paix chez les bêtes, Poum.
(XVe). Fig. (fam.). Ressentir une colère, un dépit violents. Pester, rager. || Quand il a su la nouvelle, il fallait le voir fumer ! || Je ne te conseille pas d'aller voir le patron, il fume drôlement. || Fumer de rage. || Ils vont en fumer !
Être le siège d'un trouble (→ Les fumées de l'alcool). || Cerveau qui fume (d'ivresse, d'excitation). || « Sa tête fumait de projets » (Guéhenno, in T. L. F.).Fam. || Ça fume : il se déploie une activité débordante, ou : l'effort de réflexion, de concentration est intense (comparaison avec une machine, un moteur, etc., fonctionnant à plein régime — → Ça carbure — ou avec une réaction chimique s'accompagnant d'un fort dégagement de chaleur — → Potasser).
———
II V. tr.
1 (1611). Exposer, soumettre à l'action de la fumée. || Fumer de la viande, du lard, du poisson, pour les sécher et les conserver. Boucaner, saurer; fumage, fumaison (→ Article, cit. 17). || Fumer un verre pour observer le Soleil. || Fumer de l'argent. Fumage.Chasse. || Fumer un renard, l'enfumer dans son terrier pour l'obliger à en sortir.Technol. || Fumer un four, un fourneau, y faire du feu pour le sécher quand il est fraîchement construit ou réparé.
20 Célimène roucoule et dit : « Mon cœur est bon
Et naturellement, Dieu m'a faite très belle. »
— Son cœur ! cœur racorni, fumé comme un jambon,
Recuit à la flamme éternelle !
Baudelaire, les Épaves, XVIII.
Au p. p. (→ ci-dessous, fumé, ée) :
21 La troisième fois, Monsieur Edmond lui ordonna de porter des verres fumés et de se reposer encore.
Ch.-L. Philippe, Père Perdrix, I, I.
2 (1690, Furetière). Faire brûler (du tabac ou une autre substance) en aspirant la fumée par la bouche. || Fumer du tabac (→ Courir, cit. 60), de l'opium, du haschisch, du kif. || Fumer une cigarette, un cigare (cit. 3). Brûler, griller. Au p. p. || Cigarette à demi fumée.Fumer une pipe (→ Colorer, cit. 13), un narguileh (→ Fainéantise, cit. 2). || Il fume deux paquets (de cigarettes) par jour.Fumer habituellement. || Elle fume la cigarette, le cigare.Fumer le calumet de la guerre, de la paix.
22 Heureux homme ! — Il fumait de l'opium dans de l'ambre,
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Namouna », IX.
23 Nous fumâmes longuement quelques cigares dont la saveur et le parfum incomparables donnaient à l'âme la nostalgie de pays et de bonheurs inconnus (…)
Baudelaire, le Spleen de Paris, XXIX.
24 (…) Plus de guerres,
Plus de sang ! Désormais vivez comme des frères,
Et tous, unis, fumez le Calumet de Paix !
Baudelaire, Poèmes ajoutés à l'éd. posthume (1868), II.
25 Chaque soir, on nous trouve, comme deux bons Orientaux, fumant notre narguilé sous les platanes d'un café turc (…)
Loti, Aziyadé, II, XV.
(1837, in D. D. L.). Méd. Fumer la pipe, se dit de l'expression caractéristique de certains malades frappés d'un coup d'apoplexie.
25.1 (Les lèvres) sont tout à coup poussées en avant et brusquement écartées à chaque expiration dans quelques affections cérébrales : on dit alors que le malade fume la pipe.
A.-F. Chomel, Éléments de pathologie générale, p. 135 (1841), in D. D. L.
Loc. fig. et fam. Fumer les mauves par la racine : être mort et enterré (→ Bouffer les pissenlits par la racine).
26 Si j'avais deux coups de pistolet à tirer au lieu d'un, je me payerais le luxe d'envoyer un de ces salauds fumer les mauves par la racine.
J. Giono, le Hussard sur le toit, VI.
Absolt. Consommer du tabac (en pipes, cigarettes, cigares…). Pétuner (vx). || Avoir l'habitude de fumer.Fumer comme un Suisse (→ Boire, cit. 16), comme un dragon, un sapeur, une locomotive : fumer beaucoup. || Le docteur lui a interdit de fumer. || Défense de fumer. || L'histoire de Jean Bart fumant sur un tonneau de poudre (→ aussi Cigare, cit. 3; club, cit. 2; coussin, cit. 1).
27 — Vous ne savez pas fumer, lui dit Schinner, tenez ?
Schinner, la figure immobile, aspira la fumée de son cigare et la rendit par le nez sans la moindre contraction. Il recommença, garda la fumée dans son gosier, s'ôta de la bouche le cigare et souffla gracieusement la fumée.
— Voilà, jeune homme, dit le grand peintre.
— Voilà, jeune homme, un autre procédé, dit Georges en imitant Schinner, mais en avalant toute la fumée et ne rendant rien.
Balzac, Un début dans la vie, Pl., t. I, p. 661.
27.1 Charles se mit à fumer. Il fumait en avançant les lèvres, crachant à toute minute, se reculant à chaque bouffée.
Flaubert, Mme Bovary, Folio, p. 87.
28 Je vous suppose assis et fumant.
Baudelaire, les Paradis artificiels, Poème du haschisch (→ Évaporation, cit. 3; évaporer, cit. 10).
28.1 Ottomar Scholem et Abraham Loeweren sont en colère
Parce que pendant le sabbat on ne doit pas fumer
Tandis que les chrétiens passent avec des cigares allumés
Apollinaire, Alcools, p. 115.
29 Le rationnement dont je souffre le plus c'est, je l'avoue, celui du tabac, ayant pris la lâche habitude de fumer en travaillant; c'est-à-dire bientôt de ne pouvoir travailler qu'en fumant.
Gide, Attendu que…, rép. à une enquête, II.
Loc. fig. et fam. Fume, c'est du belge !, apostrophe insultante et obscène (invitant l'interlocuteur à la fellation). → Basane, cit. 1.
REM. L'origine de l'expression n'est pas claire, la qualité du tabac belge (pour « pipes ») ne suffit pas à expliquer clairement l'expression (Rey et Chantreau); à noter que les pipes belges étaient renommées au XIXe s. (→ Belge, cit. 3, Labiche), mais que le genre (« du belge ») est alors inexpliqué.
Ellipt (ici remotivé par la situation) :
30 Plan rapproché sur le premier plombier. Géo lui met une cigarette dans la bouche et, très violemment, lui assène une paire de claques.
Manu. Géo !
Géo. Tiens, mon pote, fume !
J. Becker, et J. Giovanni, Scénario du film Le Trou, in L'Avant-Scène, no 13, p. 32.
Spécialt. Consommer une drogue (opium, haschisch, etc.) en la fumant (→ Fumerie, cit. 1, fumeuse, cit.).
——————
se fumer v. pron. (Passif).
|| Ce cigare se fume bien. || L'opium se fume selon certains rites en Orient.
——————
fumé, ée p. p. adj.
1 (Correspondant au sens II., 1. de l'actif). Qui a été exposé à la fumée (aliments). || Jambon, saucisson fumé; saucisse fumée. || Harengs fumés. Saur. || Anguille, truite fumée; saumon fumé. Qui a un goût de fumée. || Vin blanc légèrement fumé. || Blanc fumé de Pouilly, Pouilly fumé.
N. m. || Un goût de fumé. || Le fumé d'un jambon.
2 Noirci à la fumée. || Regarder le soleil à travers un verre fumé.Verres fumés : verres de lunettes teintés (→ ci-dessus, cit. 21). Conserve (vx). || Lunettes fumées. Noir.
N. m. Fumé.
3 Fam. et vx. Battu, perdu. Fichu.
31 Jouez donc pique (…) ou vous êtes fumé.
Ch. Paul de Kock, la grande Ville, t. I, p. 134.
DÉR. Fumable, 1. fumage, fumailler, 1. fumaison, fumant, fumasse, fumasser, fumé, fumée, 1. fumerie, fumeron, fumet, fumette, fumeur, fumignon, fumiste, fumoir. — V. Fumerolle, fumeux.
COMP. Fume-cigare, fume-cigarette. — V. Fumi-.
HOM. Fumé, fumée, 2. fumer.
————————
2. fumer [fyme] v. tr.
ÉTYM. XIVe; femer, fin XIIe; par attraction de 1. fumer; lat. pop. femare, de femus. → Fumier.
Amender (une terre) en y épandant du fumier. Engraisser, fertiliser. || Fumer un champ, une vigne. Absolt. || Il n'a pas fumé depuis longtemps, ses récoltes s'en ressentent.
1 De longues pluies venaient de retarder les semailles d'automne; on avait encore fumé en août, et les labours étaient prêts depuis longtemps, profonds, nettoyés des herbes salissantes, bons à redonner du blé, après le trèfle et l'avoine de l'assolement triennal.
Zola, la Terre, I, I.
Loc. fig. Vx. Fumer ses terres, se disait, par plaisanterie, d'un noble qui réparait sa fortune en épousant une riche roturière; et aussi de celui qui est enterré dans sa propriété.
2 (…) aimez votre ancien ami V., qui vous est tendrement attaché, jusqu'à ce qu'il aille fumer son jardin après l'avoir cultivé.
Voltaire, Lettre à Marmontel, 3844, 26 janv. 1772.
DÉR. 2. Fumage, 2. fumaison, fumature, 2. fumerie, fumure.
HOM. Fumé, fumée, 1. fumer.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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